Hommage à J. Lallemand

Hommage à Jeannine Lallemand-Hemery, décédée le 23 juin 2019

Joigny le 27 juin 2019

Très chère Jeannine,

En mars 2008, tu accordes au journal l’Yonne Républicaine, une interview, ta meilleure, où tu déclares :

"Je suis une rebelle depuis ma tendre enfance. Si je ne suis pas libre, j’ai du mal à respirer".

J’ose penser que tous ceux qui sont réunis ce matin dans cette église, aimaient en toi ce côté rebelle, sûrement un héritage de ton père, un rebelle qui ne peut vivre sous la botte de l’envahisseur nazi.

Ce père qui s’engage très tôt dans la Résistance à l’ennemi, Jean, est arrêté une première fois en juin 1940, il échappe de peu au peloton d’exécution et fait deux mois de prison. Il est repris en 1944 sur dénonciation, déporté à Mathausen, il n’en reviendra jamais.

Pour toi l’ado. de 17 ans, c’est un traumatisme qui ne te quittera jamais. La vision des déportés rencontrés à l’hôtel Lutécia en 1945 marquera ton esprit de jour comme de nuit.

Après la guerre, tu fais la rencontre de Louis, ce jeune pharmacien qui deviendra ton mari et le père de tes trois enfants et avec lui, tu crées une pharmacie dans le Maine-et-Loire, puis vous revenez à Joigny reprendre la pharmacie familiale, en 1954.

En mars 1971, le docteur Bernard Fleury vient te solliciter pour figurer sur une liste de centre-gauche, tu acceptes.

Au premier tour, deux candidats sont élus et au second tour, tu crées une énorme surprise en finissant première avec une très large majorité. Tu venais de battre l’indéboulonnable Roger Mouza (ça me rappelle quelque chose ça).

Mouza et ses conseillers vont te rendre la vie insupportable (le mot est faible) et Louis tire la sonnette d’alarme. Ta santé physique et mentale se dégradent, il est temps pour toi de sortir de cet enfer.

Tu présentes ta démission auprès du préfet de l'Yonne et en mars 1972, Marcel Gateau prendra ta suite.

L’histoire de notre ville retiendra qu’à ce jour, tu fus la seule et unique femme maire de Joigny.

Jeannine, je t’ai vraiment connue en mars 2009. Élu maire un an avant, j’ai eu la volonté de célébrer pour la première fois à Joigny, la journée internationale des droits des femmes instaurée en France depuis 32 ans, mais étonnamment jamais célébrée à Joigny.

Il nous faut une personnalité pour présider cette journée, un seul nom s’impose à moi : Jeannine.

Je t’appelle, tu acceptes et ce jour-là devant plus d’une centaine de personnes, tu nous fais claquer un discours sans notes, incroyablement argumenté et avec une force de conviction que le public te fait une standing ovation.

Parce que, toi Jeannine, le combat pour les droits des femmes est aussi dans tes gênes. Dans une autre interview, tu dis : "Les femmes doivent combattre doublement et ça, c’est pas normal […] Quand j’ai été maire, je fus la victime de machos très très durs, car à l’époque, il y avait très peu de femmes maires de villes en France".

L’autre demande que je t’ai faite, c’était de venir présider aux cérémonies de la journée du souvenir de la Déportation.

Avec ton cher ami Jean-Louis Monnet, nous nous repartissions le travail.

À moi l’hommage à Roger Varrey, à Jean-Louis l’hommage à ton père et à toi l’hommage à la remarquable résistante morte en déportation comme ton père : Irène Chiot.

Là aussi, tes talents oratoires rendaient cette cérémonie très émouvante.

Plus de 10 ans après, je suis fier d'avoir en quelque sorte, réhabilité aux yeux de la population de cette belle ville, ta belle personnalité.

Oui, dans la communauté des hommes et des femmes de Joigny, il y avait toi, une femme intègre, une femme auprès des femmes, une femme qui ne lâche rien sur les valeurs de solidarité et de partage, une femme qui donnait encore vie au programme du Conseil National de la Résistance qui avait en sous-titre "les jours heureux" avec sa vision d'un monde où la société des humains instaure le respect, la tolérance et la justice sociale, mère d'une société plus juste.

Militante des droits de femmes, sans exclusion des hommes engagés dans ce combat, infatigable témoin de l’indicible crime contre l'humanité que fut l'univers concentrationnaire, qu'il soit politique ou racial.

À l'heure de la montée du populisme et de l'intolérance à travers le monde, nous perdons une combattante hors du commun, faisons ici ce matin dans cette belle église, le serment de reprendre le flambeau que tu as porté pendant si longtemps avec une telle énergie et conviction.

Par choix, je ne suis pas entré dans la sphère familiale, cela ne nous appartient pas, mais avec vous, sa sœur, son frère, ses filles et sa famille nous pleurons Jeannine. Nos larmes, notre émotion, notre peine vous accompagnent. Soyez fiers, très fiers de votre sœur, de votre mère, de votre grand-mère, de votre arrière-grand-mère.

Pour terminer, j'aimerais citer une réflexion de ton ami, Jeannine, je veux parler de Jean-Louis Monnet. Je le cite : "Jeannine comme son amie Germaine Vauthier font partie de ces personnes, où l'on peut gratter et gratter sans fin, jamais nous ne trouverons un soupçon d'un côté obscur. Jeannine et Germaine, avaient une belle âme et à les côtoyer, elles nourrissent en retour notre âme, notre bonheur, notre sérénité et notre sagesse".

Jeannine, déjà tu nous manques, mais repose en paix, tu l'as tellement mérité et de là où tu es, continue à nous insuffler l'esprit rebelle de ton enfance.

Bernard MORAINE
Maire de Joigny

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