Hommage à Michel Lorain

C'est à la demande de la famille que j'ai l'honneur de prendre la parole devant vous ce matin.

C'est aussi à la demande de Nicolas Soret, le maire de Joigny, actuellement absent de la région, qui m'a demandé de l'excuser et de le représenter, ainsi que l'ensemble du conseil municipal de Joigny et à travers eux les citoyens de la plus belle ville du monde, comme j'ai l'habitude de dire.

Il est des hommes et des femmes qu’il nous est donné de rencontrer au cours de notre vie et qui nous marquent plus que d'autres.

Immanquablement, Michel Lorain fait partie de ceux- là.

Michel a vécu en une vie, mille vies.

Ce sont ses parents Louis et Marie qui en écrivent le premier chapitre en ouvrant la pension de famille, qui prend le nom de « La Côte Saint Jacques » tout de suite après la guerre.

Le décor est planté, l'histoire ou plutôt la saga familiale peut commencer.

Dans la fratrie, c'est le plus jeune, Michel, qui se retrouve le plus souvent au côté de sa mère. Ainsi Michel met un pied dans la cuisine, il y passera sa vie.

La réputation de « La Côte Saint Jacques » ne cesse de grandir, la beauté de la cité médiévale est un atout à l’attractivité du restaurant et réciproquement.

C'est dans ces années-là que Michel rencontre Jacqueline. Michel a 19 ans, Jacqueline 18, le courant passe instantanément et pour longtemps.

Dès son retour d’Algérie où il fait son service militaire, Michel épouse Jacqueline fin 1957 et cette même année, Marie confie au jeune couple les destinées de « La Côte Saint Jacques ».

Tous les deux vont se lancer dans une incroyable aventure humaine et entrepreneuriale qui marquera à la fois Joigny, la gastronomie française et mondiale.

Michel et Jacqueline transforment « La Côte Saint Jacques » en un véritable hôtel-restaurant.

Cela paraît loin, mais les premiers travaux consistent à installer le chauffage central et à apporter de l’eau chaude dans les chambres.

Michel propose à cette époque-là des menus simples mais appréciés de la clientèle : andouillettes maison, escargots à l'ail, coq au vin.

Jacqueline, elle, prépare devant les clients des steaks tartares qui régalent les convives.

Fin des années 1960, un premier grand défi arrive, c'est l’ouverture du premier tronçon de l'autoroute A6 Paris-Avallon, qui entraîne la perte instantanée de 40 % de la clientèle de « La Côte Saint Jacques »

Non Michel, n'ira pas bloquer le péage de l'autoroute pour protester. Avec Jacqueline, ils vont démarcher les agences de voyages en France et surtout à Londres pour qu'elles leur envoient des cars de touristes.

Dans le même temps, Michel décide de travailler sur une cuisine plus raffinée, dans le but de faire de « La Côte Saint Jacques » une étape gastronomique d’excellence, incontournable, sur la route des vacances.

Le guide Michelin, ne s’y trompe pas, et lui attribue sa première étoile dès 1971. Michel aime à répéter que cette étoile est son bâton de Maréchal mais il se dit, chère Jacqueline, que pour Michel, vous aviez visé encore plus haut.
Vous la buveuse d’eau, vous vous lancez à la découverte du vin. L’œnologie devient votre quotidien, vous voilà sommelière, cas rarissime à cette époque où les hommes ont le quasi-monopole de la fonction.

Bien vous en a pris, car en 1976, Michel, vous et votre équipe décrochent une deuxième étoile au Michelin, mais, comme pour les sportifs, une médaille en appelle une autre, forcément.

La troisième est toute particulière et sûrement unique dans une vie de chef.

Elle va être attribuée en 1986 à « La Côte Saint Jacques » où officient à ce moment-là, deux chefs, Michel et son fils Jean-Michel. Jean-Michel deviendra ce jour-là, le plus jeune chef français étoilé de tous les temps, il a 27 ans.

Ces 3 étoiles, c’est encore mieux qu’un Oscar à Hollywood, qu’une palme d’or à Cannes. C’est la consécration et la reconnaissance d’hommes et de femmes épris de la passion de l’excellence de la gastronomie, en cuisine comme en salle.

Oui, comme en salle et permettez-moi d’avoir une pensée émue à ce moment pour Pascal Bondoux, trop tôt disparu.

Dans le même temps, ils ont réalisé un autre rêve, faire de « La Côte Saint Jacques » un véritable Relais & Châteaux.

Pour cela Michel « Le Bâtisseur » a créé 15 chambres et suites sur l’Yonne reliées au restaurant par le fameux passage sous la Nationale 6.

En 1993, Michel se lance dans une nouvelle aventure.
C’est ainsi que va s’édifier, sur la rive gauche de l’Yonne, dans un écrin de verdure, l’hôtel – restaurant « Le Rive Gauche ». Jacqueline et Michel en confient la direction à Catherine. Catherine, son terrain ce n'est pas la cuisine. Non, elle excelle dans le management et elle le prouve, depuis 28 ans.

Cette même année, Michel se met en tête de faire revivre, avec quelques propriétaires locaux, le vignoble de la Côte Saint Jacques et son fameux vin gris.
La détermination des uns et des autres, permet d'obtenir, quelques années plus tard, la dénomination « Bourgogne - Côte Saint Jacques »

Le 23 Mars 2002, Michel reçoit les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de Monsieur le Préfet, Jean Aribaud.
Il était également Officier dans l’ordre du Mérite National et Commandeur dans l’ordre du Mérite Agricole.

Chacun d’entre vous ici ce matin, tous réunis autour de Michel, voit défiler dans sa tête, ces moments partagés avec lui.

Moi aussi, depuis l’annonce de son décès, ces souvenirs émergent. J’en retiendrai deux.
Dans les années 1990, Serge Caselli, responsable des « Restos du Cœur » de Joigny, me dit : « Tiens aujourd'hui Michel Lorain est venu à la permanence et il m'a remis un chèque conséquent pour nos bénéficiaires, surtout tu n'en parles pas. »

35 ans après, je m’autorise à vous le dire ce matin et de vous dire aussi, que Jean-Michel, continue ce geste fraternel envers les plus démunis, chaque année, respect à vous.

Un jour Michel passe en mairie, je suis sur le perron, nous engageons la conversation. Je lui parle de mon récent séjour à Cuba et je l'invite dans mon bureau de maire, il en repart radieux, avec deux « Cohiba » et un « Roméo et Juliette ».

Michel disait souvent : « J’ai deux amours : ma famille et Joigny.»

Jamais dans cette ville plus que millénaire, une famille aura porté aussi haut la renommée de notre ville aimée. Sur les 36.000 communes de France, seules une petite vingtaine accueillent un restaurant au sommet de l'art culinaire.

Michel, ce matin, Joigny te pleure, Joigny pleure la disparition du plus brillant de ses enfants, Joigny et ses citoyens s'associent à la douleur du chagrin qui vous touche, vous la famille, le premier amour de Michel.

Dans la mémoire collective de la communauté des femmes et des hommes de cette cité, ta vie, ton œuvre, ton talent, ta bienveillance y sont gravés à jamais.

Oui, je sais, personne n’est indispensable, mais certaines personnes ont des qualités humaines et de savoir si précieuses, tu es de cette trempe ,Michel, tu as remarquablement réussi à donner un sens à ton passage terrestre et tu es un exemple pour tous.

A vous les collaborateurs d'hier, d'aujourd'hui et de demain, soyez fiers d'appartenir à cette grande maison, vous êtes aussi de la famille et gardez en vous le souvenir du chef Michel Lorain.

A vous Jacqueline, la femme aimante depuis toujours, à vous Jean-Michel et Catherine ses enfants, à toi Karine qui a tant donné pour les parents de ton époux et pour cette maison, à vous ses petits-enfants Marine, Charlène, Alexandra et Alexandre et à toi Jade l’arrière-petite fille née il y a dix jours. Soyez fiers de porter l’ADN d'un homme remarquable.

Vous dire que les larmes de mon cœur s'ajoutent aux vôtres dans ce chagrin, vous dire aussi toute mon affection envers vous et à travers moi, les très nombreux citoyens de Joigny, de l'Yonne, de la Bourgogne, de France et les amoureux de l'art culinaire à travers le monde.
Adieu Michel, adieu l'Ami !

Bernard MORAINE
Maire de Joigny de 2008 à 2020

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